Albaut, Corinne

Albert-Birot, Pierre

Allais, Alphonse

Alyn, Marc 

Ammeux-Roubinet, Henriette 

Anonyme

Apollinaire, Guillaume 

Aragon, Louis

Marie Aubinais

 

 

Les gratte-ciel

 

A New York City,

Sam se sent tout petit

Quand il regarde en l'air,

pour voir un peu de bleu,

il se cogne les yeux

contre le béton et le verre

des gratte-ciel, plantés serrés

comme des arbres dans la forêt.

 

Corinne Albaut

 

 

 

Les crayons

Mais à quoi jouent les crayons

Pendant les récréations ?

Le rouge dessine une souris ,

Le vert un soleil ,

Le bleu dessine un radis ,

Le gris une groseille.

Le noir qui n'a pas d'idée ,

Fait de gros pâtés.

Voilâ les jeux des crayons

Pendant les récréations.

 

Corinne Albaut


  Les deux sorcières

Deux sorcières en colère

Se battaient pour un balai

C’est le mien, dit la première,

Je le reconnais !

Pas du tout, répondit l’autre,

Ce balai n’est pas le votre,

C’est mon balai préféré,

Il est en poils de sanglier,

Et je tiens à le garder !

Le balai en eut assez,

Alors soudain il s’envola

Et les deux sorcières

Restèrent

Plantées là !

 

                            Corinne Albaut

 

 

CHATTERIE

Chat chat chatte
Noir et blanc
Jour couchant
Prends ma patte
Dans ta main
Trop humain
Trop humain
Trop félin
Trop félin
Ton nez rose
Me repose
Des maisons
Des raisons
Mes prisons
Tu t'en fiches
Tu te niches
Sur mon cou
Ton miaou
Me câline
Dodeline
Ton ronron
Me fait rond
Le coeur blond
Amoureuse
Et frileuse
Tu me dis
Mon ami
L'heure sonne
Mais personne
Que nous deux
Poil soyeux
Qui se joue
Sur ma joue
L'allumeur
Le bruit meurt
Chatte et homme
Font un somme
Plus un bruit
C'est la nuit

Pierre Albert-Birot,
Les amusements naturels
© Ed. Rougerie (1985)

 

Complainte amoureuse

Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le dise
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez ?

Alphonse allais

 

 

 

L'enfant de lune

 

La lune en maraude au coeur des vergers

Grimpait aux pommiers en jupon d'argent ;

Surgirent des chiens rauques, déchaînés :

La lune s'enfuit, laissant un enfant.

 

Il vint avec nous en classe au village,

Tout à fait semblable aux autres garçons

Sauf cette clarté nimbant son visage

Sous le feu de joie de ses cheveux blonds.

 

Il aimait la pluie, les sources, les marbres,

Tout ce qui ruisselle et ce qui reluit ;

Le soir il veillait très tard sous les arbres

Regardant tomber lentement la nuit.

 

La lune en maraude au coeur des vergers

Vint chercher l'enfant un soir gris d'automne :

Vite, il  s'envola. J'entends à jamais

Le bruit de son aile amie qui frissonne.

 

Marc Alyn  

 

Rencontre avec le printemps

Ce matin

Au détour du chemin

Je rencontrai le Printemps.

Vêtu comme un marquis, il avait mis

Des fleurs à son chapeau

Des fleurs à son manteau

Et même sur son dos.

 

Les unes blanches semées de rouge

D'autres mauves

Et d'autres rouges et d'autres bleues.

Quelle joie c'était pour mes yeux!

Et je lui dis " Tu es merveilleux"

Et il me regardait

Et il riait, et il riait !

Et ses yeux étaient comme deux fleurs de lumière

Parmi toutes ces fleurs printanières.

 

Et il s'en fut sur le chemin

 

En chantant quelque chansonnette.

En sautant un peu sur un pied

Et puis un peu sur l'autre pied,

Comme font les enfants joyeux

Quand ils s'entraînent à quelque jeu.

Et je le vis disparaître au loin,

Avec des fleurs sur son manteau

Avec ses fleurs sur son chapeau.

 

Et il a ainsi parcouru le monde

Pimpant, joyeux et tout fleuri

Et le monde entier lui a souri.

 

 

Henriette Ammeux-Roubinet


 

 

  Cher Frère Blanc,
 
Quand je suis né, j¹étais noir
Quand j¹ai grandi, j¹étais noir,
Quand je vais au soleil, je suis noir,
Quand j¹ai peur, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrais, je serais noir
 
Tandis que toi, Frère Blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
 
Et c¹est encore toi qui as le toupet
De me traiter d¹homme de couleur !


anonyme

 

 

SALTIMBANQUES

 

 

Dans la plaine les baladins

S'éloignent au long des jardins

Devant l'huis des auberges grises

Par les villages sans églises

 

Et les enfants s'en vont devant

Les autres suivent en rêvant

Chaque arbre fruitier se résigne

Quand de très loin ils lui font signe

 

Ils ont des poids ronds ou carrés

Des tambours des cerceaux dorés

L'ours et le singe animaux sages

Quêtent des sous sur leur passage

 

Guillaume Apollinaire


 

 

 

 

 

NUIT RHENANE

 

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme

Ecoutez la chanson lente d'un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

 

Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n'entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées

 

Le Rh in le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

 

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

 

Guillaume Apollinaire


 

 

 

 

 

 

 

 

 

AUTOMNE

 

Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux

Et son bœuf lentement dans le brouillard d'automne

Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

 

Et s'en allant là-bas le paysan chantonne

Une chanson d'amour et d'infidélité

Qui parle d'une bague et d'un cœur que l'on brise

 

Oh ! l'automne l'automne a fait mourir l'été

Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises

 

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

 

 

 

 


LES SAPINS

 

 

Les sapins en bonnets pointus

De longues robes revêtus

Comme des astrologues

Saluent leurs frères abattus

Les bateaux qui sur le Rhin voguent

 

Dans les sept arts endoctrinés

Par les vieux sapins leurs aînés

Qui sont de grands poètes

Ils se savent prédestinés

A briller plus que des planètes

 

A briller doucement changés

En étoiles et enneigés

Aux Noëls bienheureuses

Fêtes des sapins ensongés

Aux longues branches langoureuses

 

Les sapins beaux musiciens

Chantent des noëls anciens

Au vent des soirs d'automne

Ou bien graves magiciens ,

Incantent le ciel quand il tonne

 

Des rangées de blancs chérubins

Remplacent l'hiver les sapins

Et balancent leurs ailes

L'été ce sont de grands rabbins

Ou bien de vieilles demoiselles

 

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi Rue Christine

 

Cher monsieur

Vous êtes un mec à la mie de pain

Cette dame à le nez comme un ver solitaire

Louise a oublié sa fourrure

Moi je n’ai pas de fourrure et je n’ai pas froid

Le Danois fume sa cigarette en consultant l’horaire

Le chat noir traverse la brasserie

Ces crêpes étaient exquises

La fontaine coule

Robe noire comme ses ongles

C’est complètement impossible

Voici monsieur

La bague en malachite

Le sol est semé de sciure

Alors c’est vrai

La serveuse rousse a été enlevée par un libraire

 

                        Guillaume Apollinaire


 

 

 

 

L'hiver approche

L'hiver approche , les hirondelles ont fui ,

Mais il ne reste que les moineaux dans le pays.

Bien d'autres aussi qui font leurs nids .

La nature est morte , plus d'arbres en fleurs ,

Le temps est couleur de neige .

Et n'oublions pas Noël qui lui aussi approche .

Lui qui descend du ciel chaque année ,

Oui toi Noël qui vient nous apporter

Tant de joujoux ! Noël... Noël !

 

Guillaume Apollinaire


 

 

 

 

Derrière les murs dans la rue

Que se passe-t-il quel vacarme

Quels travaux quels cris quelles larmes

Ou rien La vie Un linge écru

 

Sèche au jardin sur une corde

C'est le soir Cela sent le thym

Un bruit de charrette s'éteint

Une guitare au loin s'accorde

 

La la la la la - La la la

La la la - La la la la la

 

Il fait jour longtemps dans la nuit

Un zeste de lune un nuage

Que l'arbre salue au passage

Et le coeur n'entend plus que lui

 

Ne bouge pas C'est si fragile

Si précaire si hasardeux

Cet instant d'ombre pour nous deux

Dans le silence de la ville

 

La la la la - La la la la

La la - La la - La la - La la

 

Louis Aragon


 

 

 

 

Maman, quand tu es en colère,
je t'aime de travers.
Maman, quand tu t'en vas,
je t'aime couci-couça.
Maman, quand tu es de bonne humeur,
Je t'aime de tout mon cour.
Maman, quand tu me cajoles
Je t'aime sans parole.
Maman, quand je te dis ce poème,
Comprends-tu combien je t'aime.

Marie Aubinais
dans Les Belles Histoires (Bayard Jeunesse) N° 343 de mai 2001