Daudet, Alphonse

Delarue-Mardrus, Lucie 

Desnos, Robert 

Desnoue, Lucienne 

Dobzynski, Charles 

Durry, Marie-jeanne 

 

 

 

 

La chèvre de monsieur Seguin

A ! qu'elle était jolie la petite chèvre de M Seguin !

Qu'elle était jolie avec ses yeux doux ,sa barbiche

De sous-officier ,ses sabots noirs et luisants ,ses cornes

Zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une

Houppelande ! et puis docile , caressante , se laissant

Traire sans bouger , sans mettre son pied dans l'écuelle.

Un amour de petite chèvre...

 

Alphonse Daudet


 

 

Petite souris

 

C’est la petite souris grise,

Dans sa cachette elle est assise.

Quand elle n’est pas dans son trou,

C’est qu’elle galope partout.

 

C’est la petite souris blanche

Qui ronge le pain sur la planche.

Aussitôt qu’elle entend du bruit,

Dans sa maison elle s’enfuit.

 

C’est la petite souris brune

Qui se promène au clair de lune,

Si le chat miaule en dormant,

Elle se sauve prestement.

 

C’est la petite souris rouge,

Elle a peur aussitôt qu’on bouge !

Mais, lorsque personne n’est là,

Elle mange tout ce qu’on a.

 

            Lucie Delarue-Mardrus


 

L'automne

On voit tout le temps , en automne ,

Quelque chose qui vous étonne ,

C'est une branche tout à coup ,

Qui s'effeuille dans votre cou.

 

C'est un petit arbre tout rouge ,

Un , d'une autre couleur encor ,

Et puis partout ,ces feuilles d'or

Qui tombent sans que rien ne bouge.

 

Nous aimons bien cette maison ,

Mais la nuit si tôt va descendre !

Retournons vite à la maison

Rôtir nos marrons dans la cendre.

 

Lucie Delarue-Mardrus


Le pélican

Le Capitaine Jonathan,
Etant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-orient,

Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement

Un autre, qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.

Robert Desnos


Le crapaud




Sur les bords de la Marne,
Un crapaud il y a,
Qui pleure à chaudes larmes
Sous un acacia.

- Dis-moi pourquoi tu pleures
Mon joli crapaud ?
-  C'est que j'ai le malheur
De n'être pas beau.

Sur les bords de la Seine
Un crapaud il y a,
Qui chante à perdre haleine
Dans son charabia.

- Dis-moi pourquoi tu chantes
Mon vilain crapaud ?
- Je chante à voix plaisante,
Car je suis très beau,
Des bords de la Marne aux bords de la Seine
Avec les sirènes.

Robert Desnos

                                                                                 

 

 

 

 

 

L’escargot

 

Est-ce que le temps est beau ?

Se demandait l’escargot

Car, pour moi, s’il faisait beau

C’est qu’il ferait vilain temps.

J’aime qu’il tombe de l’eau,

Voilà mon tempérament.

Combien de gens, et sans coquille,

N’aiment pas que le soleil brille

Il est caché ? Il reviendra !

L’escargot ? on le mangera.

 

Robert Desnos

 

 

 

 

 

LE ZEBRE

 

Le zèbre, cheval des ténèbres,

Lève le pied, ferme les yeux

Et fait résonner ses vertèbres

En hennissant d'un air joyeux.

 

Au clair soleil de Barbarie,

Il sort alors de l'écurie

Et va brouter dans la prairie

Les herbes de sorcellerie.

 

Mais la prison sur son pelage,

A laissé l'ombre du grillage.

 

Robert Desnos

 

 

 

 

 

 


LE POISSON SANS-SOUCI

 

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah! qu'il est doux qu'il est poli
Le poisson sans-souci.
 

Il ne craint pas le mois d'avril
Et c'est tant pis pour le pêcheur
Adieu l'appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.
 

Quand il prend son apéritif
à Conflans Suresnes ou Charenton
Les remorqueurs brûlant le charbon de Cardiff
Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton.
 

Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb
Avant de s'endormir sur des pierres d'évier
Où l'eau des robinets chante pour le bercer
Car il a voyagé aussi dans des flacons
Que les courants portaient vers des rives désertes
Avec l'adieu d'un naufragé à ses amis.
 

Le poisson sans-souci
Qui dit bonjour qui dit bonsoir
Ah ! qu'il est doux et poli
Le poisson sans-souci
Le souci sans souci
Le Poissy sans Soissons
Le saucisson sans poids
Le poisson sans-souci.

                                    Robert Desnos


                          

 

 

LA FOURMI

 

Une fourmi de dix-huit mètres

Avec un chapeau sur la tête,

Ça n'existe pas, ça n'existe pas. 

Une fourmi traînant un char

Plein de pingouins et de canards,

Ça n'existe pas, ça n'existe pas. 

Une fourmi parlant français,

Parlant latin et javanais,

Ça n'existe pas, ça n'existe pas. 

Eh ! Pourquoi pas ?

 

Robert Desnos

 

 

 

 

LA GIRAFE

 

La girafe et la girouette,

Vent du sud et vent de l'est,

Tendent leur cou vers l'alouette,

Vent du nord et vent de l'ouest.

 

Toutes deux vivent près du ciel,

Vent du sud et vent de l'est,

A la hauteur des hirondelles,

Vent du nord et vent de l'ouest.

 

Et l'hirondelle pirouette,

Vent du sud et vent de l'est,

En été sur les girouettes,

Vent du nord et vent de l'ouest.

 

L'hirondelle, fait, des paraphes,

Vent du sud et vent de l'est,

Tout l'hiver autour des girafes,

Vent du nord et vent de l'ouest.

 

Robert Desnos


 

 

COUPLET DE LA RUE DE BAGNOLET

 

Le soleil de la rue de Bagnolet

N'est pas un soleil comme les autres.

Il se baigne dans le ruisseau,

Il se coiffe avec un seau,

Tout comme les autres,

Mais, quand il caresse mes épaules,

C'est bien lui et pas un autre,

Le soleil de la rue de Bagnolet

Qui conduit son cabriolet

Ailleurs qu'aux portes des palais.

Soleil ni beau ni laid,

Soleil tout drôle et tout content,

Soleil d'hiver et de printemps,

Soleil de la rue de Bagnolet,

Pas comme les autres.

 

Robert Desnos

 

 


 

LE TAMANOIR

 

- Avez-vous vu le tamanoir?
Ciel bleu, ciel gris, ciel blanc, ciel noir.
- Avez-vous vu le tamanoir?
Oeil bleu, oeil gris, oeil blanc, oeil noir.
- Avez-vous vu le tamanoir?
Vin bleu, vin gris. vin blanc, vin noir.
 

Je n'ai pas vu le tamanoir!
Il est rentré dans son manoir,
Et puis avec son éteignoir
Il a coiffé tous les bougeoirs,
Il fait tout noir.

                        Robert Desnos


 

 

 

 

Il était une feuille

 

    Il était une feuille avec ses lignes
    Ligne de vie
    Ligne de chance
    Ligne de coeur
    Il était une branche au bout de la feuille
    Ligne fourchue signe de vie
    Signe de chance
    Signe de coeur
    Il était un arbre au bout de la branche
    Un arbre digne de vie
    Digne de chance
    Digne de coeur
    Coeur gravé, percé, transpercé,
    Un arbre que nul jamais ne vit.
    Il était des racines au bout de l'arbre
    Racines vignes de vie
    Vignes de chance
    Vignes de coeur
    Au bout des racines il était la terre
    La terre tout court
    La terre toute ronde
    La terre toute seule au travers du ciel
    La terre.

                                               Robert Desnos

 

C’était un bon copain

 Il avait le cœur sur la main
Et la cervelle dans la lune
C'était un bon copain
Il avait l'estomac dans les talons
Et les yeux dans nos yeux
C'était un triste copain
Il avait la tête à l'envers
Et le feu là où vous pensez
Mais non quoi il avait le feu au derrière
C'était un drôle de copain
Quand il prenait ses jambes à son cou
Il mettait son nez partout
C'était un charmant copain
Il avait une dent contre Étienne
A la tienne Étienne à la tienne mon vieux
C'était un amour de copain
Il n'avait pas sa langue dans la poche
Ni la main dans la poche du voisin
Il ne pleurait jamais dans mon gilet
C'était un copain
C'était un bon copain.

 

Robert Desnos

 

Le muguet

 

Un bouquet de muguet,

Deux bouquets de muguet,

Au guet ! Au guet!

 

Mes amis, il m'en souviendrait,

Chaque printemps au premier Mai.

Trois bouquets de muguet,

Gai ! Gai!

 

Au premier Mai,

Franc bouquet de muguet.

  

Robert Desnos

 

La sauterelle

 

Saute, saute, sauterelle,
Car c'est aujourd'hui jeudi
Je sauterai, nous dit-elle,
Du lundi au samedi.
 

Saute, saute, sauterelle,
A travers tout le quartier.
Sautez donc, Mademoiselle,
Puisque c'est votre métier.

 

Robert Desnos

 

 


 

LE FACE-A-FACE

 

 

Toute droite, la violette,

Avec ses oreilles de faon,

Ecoute le chant triomphant

De la source qui la reflète.

 

A h ! Quelle passion me pousse

A saisir ce gibier subtil,

Ce- frais petit fauve d'avril,

Entre mon index et mon pouce ?

 

je te hausserai vers la nue

Et je renverserai le front

Et face-à-face nous serons,

Moi le géant, toi la menue.

 

Si claire figure foncée,

Lueur montant du fond du noir,

Mon espoir et mon désespoir,

L'infini dans une pincée,

 

Fleur enfant, très ancien sourire,

Eternel museau d'un instant,

Qu'avons-nous donc tous les printemps

 De si pathétique à nous dire ?

 

Lucienne Desnoue

 


 

 

LE CHANTIER DE L'ASTRONEF

 

 

Le chantier vit, rien ne peut l'interrompre

Tel un moteur que le soleil entraîne,

enchaînant l'homme à sa cadence interne. 

Pylônes bleus, forêts électrogènes

dont les racines tutélaires plongent

en un terreau d'orgueil et de savoir. 

Une cité rend fertile la nuit

tout un désert proliférant d'étoiles ;

sous la couronne submergée des sables

l'eau, toute l'eau des âges nidifie,

La palmeraie des piles nucléaires

crée et détruit des soleils à la chaîne. 

Air saturé d'odeurs et d'isotopes,

citerne d'ombre et d'éblouissement. 

Et le ciel meurt de n'être qu'un miroir

qui dans la nuit mobile reproduit

le cœur du jour brûlant au cœur des hommes.

 

Charles Dobzynski

 

 

 


 

 

LA FRONTIERE

 

 

Quand la fusée eut atteint la vitesse

la libérant de l'étreinte terrestre

dans cette zone où l'air devient de quartz

où des rayons tendent leurs traquenards,

toute une faune aux confins de l'ozone

où quelquefois des comètes surgissent

pour emporter des regards ou des songes

Quand la fusée eut franchi la frontière

  des trémies de matière et de brumes

filtrent l'éclat des rafales cosmiques,

on crut alors que toutes les corolles

de la stratosphère allaient se fermer

comme les doigts d'une fleur carnivore

sur cet insecte aveugle qui sortait

en titubant des fissures de l'air,

l'allure gauche avec sa queue de flammes,

fourmi portant sa brindille de vie

que le faux pas d'un astre peut broyer.

 

Charles Dobzynski


 

 

 

 

 

Chanson


J'ai volé un petit nuage
Pour me promener
Je flotte sur les villages
D'un monde abandonné
Vous pouvez vous mettre en chasse
Vous ne m'attraperez pas,
Mais d'en haut je tends mes nasses!
Viens partager mon repas
De gouttes et d'étincelles,
Viens partager mon repos,
Je plonge et je te soulève
Jusqu'à mon nid dans le ciel,
Le soleil est sur nos lèvres
Un gâteau de miel :
Ecoute comme je chante
Vois naître dans l'air
Les agiles couleurs changeantes
Qui frémissent sur la mer


Marie-jeanne DURRY